Perspectives pour 2025 dans le secteur manufacturier et l’impact des politiques commerciales

Le secteur manufacturier canadien, représentant 10 % du PIB et employant plus de 1,7 million de personnes, est à un tournant décisif. Confronté à des défis structurels, des tensions commerciales et des incertitudes politiques, ce secteur doit naviguer dans un environnement économique mondial en constante évolution. Avec des perspectives incertaines pour 2025, l’industrie doit adopter des stratégies proactives pour maximiser les opportunités et minimiser les risques.

Partagez sur les réseaux sociaux

Une dynamique manufacturière en mutation

Le Canada a montré une résilience impressionnante dans son secteur manufacturier malgré les perturbations mondiales. En 2023, les exportations manufacturières ont atteint 354 milliards de dollars, soit une augmentation de 3 % par rapport à l’année précédente (Statistique Canada). Cette croissance a été principalement portée par les industries technologiques et les biens de consommation durables.

Cependant, les défis demeurent. La hausse des coûts énergétiques (+9 % en 2023) et des matériaux (+15 % depuis 2021) freine la rentabilité des entreprises, en particulier pour les PME, qui représentent 90 % des acteurs du secteur. Ces contraintes obligent les entreprises à revoir leurs chaînes d’approvisionnement, souvent dépendantes de fournisseurs internationaux.


L’impact des politiques commerciales américaines

La réintroduction potentielle de politiques protectionnistes aux États-Unis, en cas de retour de Donald Trump au pouvoir, pourrait avoir des répercussions importantes pour le Canada. En 2018, les tarifs imposés sur l’acier (25 %) et l’aluminium (10 %) ont coûté plus de 300 millions de dollars à l’économie québécoise, affectant gravement les exportations. Ces mesures ont également provoqué une chute de 7 % des volumes d’exportation dans ces secteurs critiques.

Bien que le Canada ait diversifié ses marchés, les États-Unis restent son principal partenaire commercial, représentant près de 75 % des exportations manufacturières. La dépendance économique envers les États-Unis expose le secteur canadien à des risques importants en cas d’escalade des tensions commerciales.


Réponse des gouvernements provinciaux et fédéral

Doug Ford, Premier ministre de l’Ontario, a récemment présenté un plan pour protéger l’industrie manufacturière face aux pressions extérieures. Ce plan inclut des subventions pour l’achat de technologies vertes et des incitatifs pour localiser davantage de chaînes d’approvisionnement. Cependant, ces mesures ont été critiquées pour leur manque de coordination avec les initiatives fédérales et pour leur potentiel à fragmenter davantage le marché intérieur canadien.

Au niveau fédéral, le gouvernement de Justin Trudeau a répondu en renforçant les investissements dans l’innovation manufacturière. Le Plan canadien de transformation industrielle alloue 4 milliards de dollars à des projets visant à moderniser les infrastructures manufacturières et à accélérer la transition vers des énergies renouvelables. Toutefois, ces investissements devront être amplifiés pour compenser les impacts possibles des tensions commerciales.


Innovation et diversification des marchés

L’innovation technologique est devenue un levier essentiel pour le secteur manufacturier. Les usines intelligentes, intégrant l’automatisation, l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle, augmentent la productivité tout en réduisant les coûts. Selon une étude de KPMG, les entreprises qui adoptent ces technologies constatent une augmentation de 15 % de leur efficacité opérationnelle.

Cependant, l’adoption reste inégale. Les grandes entreprises mènent la charge, tandis que les PME, souvent limitées par des contraintes budgétaires, peinent à suivre. Pour rester compétitif, le secteur devra investir massivement dans la formation de la main-d’œuvre pour intégrer ces innovations.

Diversifier les marchés représente également une stratégie clé. L’Europe et l’Asie offrent des opportunités croissantes pour les exportations canadiennes. Par exemple, l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, en vigueur depuis 2017, a permis une augmentation de 23 % des exportations manufacturières vers l’Europe en cinq ans.


Les impacts économiques des tensions commerciales

Les experts sont divisés sur l’impact des tensions commerciales à venir. Certains prévoient que la solidité de l’économie américaine pourrait compenser les tarifs douaniers, stimulant ainsi une augmentation des exportations canadiennes dans d’autres secteurs comme l’énergie et les biens de consommation.

D’autres estiment que les tarifs pourraient avoir un effet domino, augmentant les coûts pour les entreprises canadiennes et réduisant leur compétitivité internationale. Une analyse du Conference Board du Canada indique qu’une augmentation de 5 % des tarifs douaniers américains pourrait entraîner une perte de 0,7 % du PIB canadien, soit environ 15 milliards de dollars.


Enjeux locaux et résilience des acteurs manufacturiers québécois

Le Québec, avec une économie manufacturière centrée sur l’aluminium, l’aérospatiale et les technologies propres, est particulièrement exposé. Des entreprises comme Bombardier et Alcoa dépendent largement des exportations vers les États-Unis. Cependant, ces acteurs locaux montrent des signes de résilience en diversifiant leurs produits et en adoptant des modèles de production plus flexibles.

Par exemple, Bombardier a investi dans des technologies d’impression 3D pour réduire ses délais de production et ses coûts, tandis qu’Alcoa a introduit des procédés de fabrication d’aluminium à faible émission de carbone pour répondre à la demande croissante de matériaux durables.


Perspectives stratégiques pour 2025

Pour maximiser son potentiel, le secteur manufacturier doit adopter une stratégie à plusieurs volets :

  1. Investir dans les technologies avancées : Augmenter l’adoption des usines intelligentes, notamment parmi les PME, grâce à des subventions ciblées.
  2. Renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement : Encourager la localisation et la diversification des fournisseurs.
  3. Accroître la collaboration interprovinciale : Éviter la fragmentation des politiques manufacturières pour créer un marché intérieur cohérent et compétitif.
  4. Diversifier les exportations : Exploiter davantage les marchés asiatiques et européens pour réduire la dépendance aux États-Unis.

Conclusion:

Le secteur manufacturier canadien est à un carrefour décisif. Les tensions commerciales et les défis structurels posent des risques importants, mais les opportunités offertes par l’innovation technologique et la diversification des marchés sont immenses. En adoptant une stratégie proactive et en renforçant les collaborations entre les gouvernements, les entreprises et les institutions, le Canada peut transformer ces défis en moteurs de croissance durable.